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Bulletins du club

Transat retour – Le voilier Zebreak rentre à la maison

A peine rentré de mon voyage à voile et à skis de l’Antarctique (voir article précédent), voilà que je suis contacté par mes amis Raphaël et Coralie, également membres du CCS, qui veulent ramener leur Gin Fizz en Méditerranée. Après deux ans à patauger dans les eaux chaudes des Caraïbes et l’agrandissement de la famille, il sera plus utile dans le sud de la France. C’est sans hésitation aucune que j’accepte la mission. Après avoir fait la Transat Canaries-Caraïbes avec eux en 2011, je ne me fais aucun souci pour ce solide ketch fibre de verre des années 70-80, un bateau robuste taillé pour les longues navigations, du style ou l’on y trouve encore des bannettes au-dessus du carré et une vraie table à carte bien spacieuse.

Bye-bye les Caraïbes

Pointe à Pitre était notre point de départ, et notre camp de base pour la préparation du voilier. Révision des voiles, nouvelles batteries, panneau solaire supplémentaire, etc, etc… C’est finalement le 26 mai, les cales alourdies par plus d’une tonne en fuel, eau et denrées alimentaires, que nous prenons enfin la mer, mes deux co-équipiers et moi. On espère à ce moment-là réaliser la traversée sur les Açores en plus ou moins trois semaines, mais on est prêt à en passer plus de quatre si nécessaire. Nous agrémentons le début du voyage de quelques navigations à la journée, question de laisser le temps à l’équipage de s’amariner. Les Saintes, Réserve Cousteau - paradis de la plongée - Deshaies et Antigua. Le départ définitif pour le grand bain se fait depuis Jolly Harbor à Antigua, où soit-dit en passant les plages de sable blanc et l’eau turquoise sont imbattables.

6 juin 14h45, sous le hurlement de la corne de brume de nos voisins de quai, ça y est, on est bel et bien lancés ! C’est de nuit que nous rasons par l’ouest Barbuda, dernière terre en vue pour les prochaines semaines. Les premiers jours nous réservent de bonnes conditions. Avec un bon vent d’est, nous piquons droit au nord d’où, une fois au large des Bermudes par quelques centaines de milles, nous avons prévu de piquer à l’est sur les Açores en espérant bénéficier des vents d’ouest à ces latitudes. Des conditions franchement molles pendant une semaine ont légèrement usé notre patience et c’est un peu plus tôt que prévu que nous obliquons vers l’est, question de ne pas rallonger la route. C’était tellement calme qu’à un moment on s’est même offert la baignade autour du bateau. Notre autonomie moteur étant limitée à quelques 400 miles, c’est avec parcimonie que nous faisons tourner le moulin, question de garder quelques munitions en cas d’accueil chaleureux de l’anticyclone des Açores.

Dans le vif du sujet

Après deux jours de bon vent portant qui nous redonne espoir de ne pas y passer un mois, c’est le soir du 18 juin, après presque treize jours en mer, que nous fêtons la mi-Transat. En distance certes et en temps on l’espère aussi ! Au menu, champagne, canard confit et les brownies industriels les plus infectes. Mais, une Transat ne serait pas digne de ce nom sans son lot d’avaries. Notre palmarès fut le suivant, sans compter les nombreuses assiettes et verres renversés vers la cambuse et ailleurs. En 3e position, avarie de pilote à une semaine de l’arrivée. Humm, personne ne se réjouit de la perspective de barrer 24h sur 24. Heureusement, la panne était mécanique et relativement simple à réparer. Ouf, c’est reparti. En 2e position… ha, mais que serait une Transat sans une panne de toilette ! Tiens tiens, ça me rappelle la Transat aller en 2011… qui bouche débouche ! Test ultime de résistance au mal de mer, défaire les tuyaux eaux noires la tête en bas, je vous laisse imaginer la suite. Mais cette fois-ci, la panne n’a rien à avoir avec ma nature propre ! D’ordre mécanique, elle est également relativement aisée à réparer. Et finalement, en première position… le spi à l’eau ! Malheureusement, la rupture de la drisse nous a coûté le spi, sérieusement déchiré après récupération derrière le bateau. Ça nous a quand même foutu temporairement un p’tit coup au moral. Le voyant comme notre sauveur, nous permettant d’atteindre six nœuds de vitesse sur une mer relativement calme après s’être traîné à quatre nœuds pendant quelques jours. Spi ou pas spi en Transat ? Faut juste être au clair avec les risques. En contrepartie de nos quelques avaries, on aura été plus d’une fois accompagnés par les dauphins jouant avec la proue du bateau, nous aurons sans cesse été émerveillés par la beauté des levers et des couchers de soleil, parfois même par un coucher de soleil d’un côté en même temps que le lever de lune de l’autre. On aura aussi eu droit à la compagnie de quelques oiseaux, surtout pendant nos parties de pêche, mais les pauvres ont été bien déçus, tout comme nous d’ailleurs! Heureusement qu’on n’avait pas compté sur le produit de notre pêche pour nos menus… que dalle quoi !! De bonnes conditions de vent nous ont permis de bien avancer au portant pendant la dernière semaine, ouf notre spi ne nous a pas trop manqué.

Terre, terre ….

29 juin, enfin aux Açores, Yahoo ! Comme c’est chouette de revoir la terre après si longtemps. De sentir le tangage lors des premiers pas sur la terre ferme, d’aller manger une grosse salade fraîche et se dégourdir les pattes avec une petite course à pied. Nous sommes allés directement à Horta, mythique marina qui rassemble la plupart des « transateux » par un petit tableau coloré sur les quais de ciment. Et comme si ça n’était pas déjà suffisant, même après les quelque 2’300 miles nous permettant d’atteindre les Açores, pour ceux qui croyaient que c’est là que la Transat retour se termine, faut pas oublier les 1’000 miles permettant d’atteindre Gibraltar ! Cette fois-ci, un bout dans l’hélice (il était où « Captain Marc » ton nœud au bout de l’écoute ??) au départ de Sao Miguel nous a coûté deux jours, et la pétole deux autres. C’est en profitant doucement des jolies plages du sud du Portugal, de l’Espagne et de la France que nous avons finalement posé le voilier à Port St-Louis du Rhône au début du mois d’août en attendant les prochaines aventures… Une expérience incroyable cette Transat retour de la planification à la préparation puis à la réalisation. On a aussi eu le temps de décrocher, de discuter, de philosopher, de rêver. Une question reste en suspens après la traversée… mais qu’est-ce que l’amour ?

Marc Archambault
Membre du CCS Groupe Lémanique

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