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Bulletins du club

Péninsule Antarctique à voile et à ski

C’est le lendemain d’un réveillon du nouvel an bien arrosé, sur le ponton du Yacht Club AFASyn à Ushuaia, que nous prenons la mer à bord de Podorange, direction la péninsule Antarctique ! Podorange, c’est un superbe Challenge 67 (20m40) en acier. Un voilier conçu pour une course autour du monde dans les années 90 et reconverti en voilier de grand voyage, basé principalement à Ushuaia à l’heure actuelle.

Notre équipe est composée de sept skieurs, français, canadiens et suisses, et complétée par nos deux guides de montagne d’Odyssée Montagne, le skipper et les deux membres d’équipage de Podorange. C’est donc les soutes bien remplies de victuailles, mais aussi de skis, crampons, piolets et autre matériel de montagne que nous appareillons.

Notre première journée en mer nous permet de nous familiariser avec ce qui sera notre chez nous pour les quatre prochaines semaines ; de prendre la barre pour la première fois pour certains dans des conditions relativement clémentes. Cette première navigation nous mène d’Ushuaia par le Canal de Beagle jusqu’au côté Chilien, passage obligé avant de prendre la haute mer pour le grand sud. Un arrêt dont tout le monde est enchanté, puisqu’il permet de profiter du bar du Micalvi. Selon les dires de certains, le bar de marins le plus mythique au monde. Le Micalvi, un cargo échoué, fait office de ponton principal, de capitainerie et de bar aux abords de la ville la plus australe du monde, Puerto Williams. Sa légère gîte ajoute à l’ambiance de sa décoration unique, les murs étant couverts des drapeaux du monde entier, dédicacés par les marins et autres voyageurs de passage.

Cette escale nous aura aussi permis de laisser passer un gros coup de vent avant de nous lancer pour trois ou quatre jours de haute mer dans le passage du Drake qui sépare le Cap Horn de la Péninsule. Le bateau et les marins sont préparés à la traversée. Annexe semi rigide dégonflée et arrimée sur le pont comme si l’on s’attendait à un ouragan. Défenses dégonflées et rangées, l’équipe est briefée sur la sécurité et les quarts sont organisés. Des conditions relativement clémentes nous attendent, pour les marins chevronnés, mais qui au final s’avèrent quand même impressionnantes pour les non- initiés. C’est plus ou moins vent de travers, avec une mer moyenne, que nous traversons le Drake, en lâchant ou reprenant un ou deux ris en fonction des coups de vents ou des périodes plus calmes. Pur bonheur que de barrer ce grand voilier de course qui se comporte à merveille même en conditions sportives. Vent de travers pendant mon quart, on envoie un peu plus de toile. Erreur, le vent forci, 12.5 nœuds de vitesse, bout de la bôme à l’eau, deux ou trois débuts de départ au lof, que du bonheur !!

Nous aurons droit pendant la traversée à quelques beaux spectacles. D’abord les dauphins qui suivent le bateau et enchainent sauts et pirouettes en tout genre juste devant l’étrave. Ensuite, les damiers du cap et les albatros qui jouent avec l’aérologie du voilier et nous accompagnent pendant une bonne partie du trajet.

Nous arrivons en vue de la péninsule et ses nombreuses îles après trois jours et demi de mer, en fin de soirée. J’allais dire à la tombée de la nuit, mais à cette période de l’année là-bas, on est en régime de jour permanent. Le spectacle est saisissant. Tout le monde est sur le pont, appareil photo à la main. Au moteur, on slalome entre les glaçons, d’une baie à l’autre, parfois tout près des icebergs, à la recherche du mouillage idéal. On a droit à un ciel rose d’une splendeur incroyable, aux sauts de quelques manchots et au calme absolu, figé, de cet endroit unique.

Dès le lendemain matin, tout le monde est motivé à sortir les skis pour la première fois, pour tenter le Lynx Peak. Branle-bas de combat sur le voilier pour s’habiller, s’équiper, mettre les zodiacs à l’eau, sortir les skis de la soute, etc. Débarquement en douceur sur un petit bout de plage et nous prenons rapidement de l’altitude au-dessus de la baie, des icebergs, des îles environnantes toutes couvertes de glaciers qui se jettent à l’eau de tous les côtés. « Wow » est probablement le mot de la journée, ou du voyage je devrais dire !

Pendant deux semaines, nous nous déplaçons au moteur entre la Péninsule et les îles qui la bordent à l’ouest, allant d’un mouillage impressionnant à un autre, débarquant presque tous les jours pour atteindre des sommets de plus ou moins 1000 mètres d’altitude. Nous avons également eu la chance de visiter la base de Port Lockroy. Un point important de pêche à la baleine entre la 1ère et la 2e Guerre Mondiale. Les Britanniques en avaient ensuite fait une base scientifique, opérationnelle jusqu’en 1962. A l’abandon depuis, ce n’est qu’en 1996 qu’on l’a remise en état pour être transformée en musée. Captivant, mais difficile de s’imaginer y passer une année entière, avec pour seuls compagnons des centaines de manchots papous !

La visite de la base ukrainienne de Vernadsky, un peu plus au sud, est assez mythique aussi. Base scientifique toujours en opération, elle a été vendue à l’Ukraine par les Britanniques en 1996. Douze occupants y passent une année entière avant d’être relayés. Ces très sympathiques occupants nous font faire la visite dans un anglais très approximatif avant de nous inviter au bar, où l’on nous sert la vodka Russe et du coup on se comprend beaucoup mieux ! On a joué au billard et aux fléchettes en Antarctique… irréel !!

Le moment fort du voyage est probablement notre mouillage à l’endroit même où Jean-Baptiste Charcot avait hiverné avec le Français (nom du voilier) et son équipage en 1904. On y voit même un F gravé dans la pierre à l’endroit où le bateau était amarré. Que d’émotions de fouler le même sol que ces explorateurs de l’époque, de s’imaginer passer l’hiver là, alors que les jours sont très courts, voire inexistants, et très froids !

L’observation des manchots papous ; des baleines qui jouent autour du bateau ; des phoques qui se prélassent au soleil à terre ou sur un glaçon ; des oiseaux divers auront bien agrémenté nos journées dans cet univers où toute la vie est tournée vers la mer.

Dernier petit tour sur les skis le 20 janvier, en s’attaquant au Mont Tennant qu’on atteindra, comme quelques autres sommets, dans le brouillard ; mais qu’à cela ne tienne, nous sommes toujours autant impressionnés à la montée par la beauté et la pureté des paysages, de ces murs de séracs qui bordent les îles, des icebergs aux formes les plus diverses qui laissent place à l’imagination comme quand on observe les nuages.

On appareille le soir même pour le chemin du retour. Un gros coup de vent était annoncé quelques jours plus tard avec des vents de 80 nœuds, valait mieux éviter ce genre de conditions sur le plateau du Horn où la mer aurait aussi été déchaînée. C’est avec un peu moins d’appréhension qu’on se lance dans une nouvelle traversée du Drake en espérant cette fois ci passer tout près du mythique Cap Horn. Encore beaucoup de plaisir à la barre pendant quelques quarts bien sportifs. Notre remontée vers le nord et l’avancement de la saison nous ramènent quelques heures de nuit. On avait perdu l’habitude après deux semaines de jour permanent. 24 janvier. À la barre. Jour de mon anniversaire. Cap Horn en vue ! Que demander de plus ? Je me suis payé un petit tour sur la pointe avant, assuré à la ligne de vie, assis sur l’enrouleur du yankee, avec les vagues qui balaient la pointe et le pont. Ça m’a coûté un petit appareil photo, mais ça m’a aussi laissé des souvenirs indélébiles, c’est le cas de le dire.

Tout le monde est sur le pont lorsque nous passons juste sous le Cap Horn. Je crois que tous attendaient avec impatience ce moment et on sent l’émotion à bord. Nous atteignons le début du canal de Beagle pendant la nuit et on se prépare à l’arrivée à Puerto Toro au Chili, au sud de Puerto Williams. Une sympathique escale qui permet de « revenir à terre » doucement. Puerto Toro est un petit port de pêche saisonnier, en veille pour le moment. Nous avons le ponton de pêche pour nous. Le soir-même, nous gagnons Puerto Williams, encore une fois pour éviter un coup de vent à venir. Passage obligé de toute façon pour les formalités douanières, mais aussi pour la fête au Micalvi. Soirée grillades inoubliable sur le pont du Micalvi avec les équipages de tous les voiliers qui rentrent de l’Antarctique. Ne reste plus qu’à rentrer à Ushuaia. Et un dernier fait marquant de ce voyage, et tout le monde l’a dit : on a mangé comme des rois ! Chapeau l’équipe de Podorange, cinq étoiles la cambuse !

N’hésitez surtout pas à me contacter si vous désirez de plus amples informations. Ce sera avec plaisir que je partagerai cette expérience. Ce voyage, j’en ai rêvé pendant quelques années… et j’en rêve encore !

Marc Archambault, membre du CCSLémanique

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